Nuits d'automne

de Sirine Achkar

Présentation :

Certains sujets s’imposent à l’écriture, même lorsque la décision d’écrire trouve encore du mal à se prononcer, c’est ainsi que la plume dépasse son auteur et l’urgence prend place et devient  maîtresse de la réflexion.

Les thèmes abordés dans la pièce « Nuits d’automne » font partie de ces sujets qui nous obsèdent tellement que l’écriture autour ne peut être que le résultat d’une vive émotion, ainsi l’urgence demeure la maîtresse de la situation dès le début du processus de l’écriture.

La pièce évoque l’amour, mais aussi et surtout l’exil.

Elle questionne le lien entre l’exil amoureux et l’exil de la terre, le lien entre le corps de l’être aimé et les racines...

Si l’amour demeure un havre de paix, le berceau des illusions les plus folles,

le terrain de sérénité du temps passé, notamment de l’enfance, la terre, elle,

est le berceau originel de tous les rêves, la source de toute nouvelle vie.

 

La critique de Tasheen Yaqueen, journaliste :

"Nous faisons enfin triompher l’espoir, même si cela reste difficile !
Sous le coup de l’aliénation – qui touche aussi bien la morphê que la hulê – et du fait de la solidarité qu’éprouve l’aliéné à l’égard de sa patrie dépossédée, l’âme quitte le corps, ou c’est plutôt lui qui s’en sépare, au risque d’en aliéner la perception. Point de repos alors ! Point de quiétude, car l’âme – qui par essence - se devait d’insuffler au corps : le fait d’être, dans une harmonie parfaite entre délectation spirituelle et existence charnelle – à son faîte dans la jouissance matérielle – avait donné naissance, dans un mélange d’optimisme prudent, et de désespoir, à un double-corps ; celui de l’aliénée/exilée et celui de la patrie.

L’autrice a su traduire avec talent, l’obsession compulsionnelle, qui jusqu’au bout de la pièce, n’a cessé de hanter son héroïne, jusqu’à se transformer, en une véritable psychose, en un trouble bipolaire alternant espoir et désespérance, dans une sorte de duel infernal. Le spleen, véritable leitmotiv de Nuits d’Automne, transparaît surtout à travers la persistance des questionnements, tout autant autour de l’amour que de la patrie, par le biais de monologues périgrinateurs.

Cette oscillation entre créativité et psychisme, illustre au plus haut point, l’impétuosité des instincts exprimés par la dramaturge. Ici, rien n’est garanti. Obsessions et Patrie sont en constante transformation. N’est-ce pas là une allusion explicite à l’Automne, [saison des transformations par excellence] ! Et quel automne, c’est ! Un Automne éponyme qui donnerait son nom au titre de la pièce : Nuits d’Automne !
La délivrance de la protagoniste, ainsi que celle de son pays d’origine, est conditionnée par l’essentialité de son engagement vis-à-vis de sa patrie de naissance, telle une Isis qui désespérément, tente de rassembler les morceaux du cadavre d’Osiris.

Je rassemblerai un à un, les pans de mon Pays

Nuit d’Automne est une quête omniprésente de la délivrance. La délivrance de la chair, de l’esprit et du pays. Une délivrance excentrique qui finira par atteindre le rivage, dans un mouvement – somme toute – humain et qui aura pour point de départ le cœur/l’esprit d’une Femme en quête de Salut, pas uniquement le sien, mais celui du monde entier, avec tout ce que représente la femme, en matière d’intuition, de perception, d’intellection, et de création.

Le drame est composé de cinq monologues réunissant discours, oraisons et narration. Chaque monologue aborde avec un mélange de lyrisme et de rationalisation, des thématiques récurrentes tels que la vie, la patrie et le corps. Malgré le registre élégiaco-tragique adopté - éloquent et sans sentimentalisme aucun- l’œuvre reste engagée et porte les prémices d’une conscientisation profonde, servie par un esprit critique globalisant.
Chaque scène est liée à celle qui la suit. Le narrateur omniscient semble avoir une influence, aussi bien sur les faits et gestes intimes et personnels, que sur les actions extérieures, les liant tous les deux, dans une sorte d’interaction complexe. Il est à la fois narrateur extérieur et narrateur témoin. Il est partie prenante du récit qu’il raconte.
La narration s’apparente tantôt à une prose poétique, tantôt à une réflexion philosophique. La succession de monologues transforme d’une certaine manière, le drame en un monodrame.

Le contexte poétique

Tous les monologues sont nés d’un seul souffle, en un jet unique, y compris ceux du narrateur. Le rythme saccadé - presque psalmodié - ainsi que le registre lyrico-tragique adoptés, concourent à l’harmonisation d’un tout aux contours sombres et aux questionnements existentiels. Un tout oscillant entre un passé noir et un avenir incertain. Son œuvre est agencée de manière à semer doutes et confusions. Elle est à la fois complainte et prière. Tout le texte n’est que nostalgie. Dès le premier monologue, La Femme décrit ce besoin impérieux du retour. Sa nostalgie, condition sine qua non de son ubiquité, est le fil ténu qui lie son corps à celui de la patrie.
Le deuxième monologue est quant à lui, obsessionnel. Il décrit l’état d’angoisse chronique qui hante la protagoniste. La femme sombre dans la folie des songes, qui seule lui permet, à travers un processus réminiscen-tiel de faire réémerger ses souvenirs et de ramener l’exilé/e à sa terre natale. Le deuxième tableau est comme un aboutissement du premier. Une destination. Il permet presque de légitimer l’anxiété maniaque, de lui donner un sens.
Pour ce qui est des interventions du narrateur multiple (extérieur/intérieur), elles ont une fonction interprétative, à la fois littérale et symbolique. Elles révèlent et dévoilent (le corps) et l’esprit de l’héroïne.
Le troisième monologue alterne espoir et désespérance, avec un narrateur-témoin qui ne fait que décrire les obstacles qui rendent la délivrance impossible. Il se présente comme une sorte de propédeutique au quatrième monologue, qui dans une énumération-gradation, fait la liste des pertes subies, y compris celle de la mémoire.
Et parce que l’écriture est un acte d’espoir, en dépit des épreuves, l’autrice a réussi à faire triompher l’être humain. Une journée nouvelle qui s’annonce et c’est un être neuf qui renaît de ses cendres. Un être fidèle à ses serments voué à l’absence, mais à qui l’espoir, certes balbutiant au début, donne naissance, existence et salut, par la seule force de sa volonté persistante.
Dans cette pièce quelque peu mystico-soufie, la réincarnation du corps exilé dans celui de la patrie, devient possible, ne serait-ce que par la magie du songe, comme une métempsychose rêvée.
Sept monologues, sept jours. Son œuvre achevée, l’autrice peut enfin se reposer.
C’était la tragédie de l’exil racontée. C’était l’engagement de celui qui racontait l’exil ; tragédie existentielle, simple fatum. Et sans engagement, point de salut.
C’était l’histoire d’une création exceptionnelle, d’une créativité singulière. L’œuvre est exceptionnelle par sa forme et par son contenu."

L'équipe:

Texte et mise en scène : Sirine Achkar

Conception chorégraphique et musicale : Didier Mayemba

Comédiens-danseurs : Annabelle Hanesse, Cédric Poirot-Danilo Sékic, Florence Weber

Conception Graphique : Angela Deschamps, Renaud Dobeck

Costumes : Lea Gutman-Loffler

Création lumière : François Kalela

Nuits d'automne au Festival international du théâtre expérimental du Caire :

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